Guillaume Apollinaire - Marquis de Sade (12)

 

    « Une comédie de [un mol illisible] en vers dissilabe [dix syllabes ! : Le Suborneur.

    « Un drame en prose : La Fille Malheureuse.

    « Une comédie-féerie en vers libres : Azelis ou la Coquette punie.

Guillaume Apollinaire - L’œuvre du Marquis de Sade, introduction, frans leren, Vivienne Stringa. Le silence éternel de ces espaces infinis me fait peur (Pascal) | estampe | Odilon Redon

    « Un opéra-comique à musique et vaudevilles. Le tout est chanté.

    « Le tout est terminé par un superbe ballet-pantomime (1) ... Et le mariage du jeune homme et de sa maîtresse, ce qui forme le dénouement du total, est conclu dans la scène de fond qui suit cet opéra, et le ballet-pantomime est pour y servir de divertissement.

    « Cette pièce a 6.OOO tant vers de toutes mesures que lignes de prose. Elle exige cinq heures de représentation. Elle est unique en son genre et destinée aux Italiens. » Les dernières lignes à partir de « cette pièce » ont été raturées par l'auteur. Il la destinait aux Italiens et la porta aux Français.

   Le marquis de Sade a été en relations avec la Comédie-Française. On y conserve sept de ses lettres. Quatre ont été publiées, pour la première fois, dans l'introduction à la réimpression qu'a donnée M. Ostave Uzanne de l'Idée sur les Romans. Je donne plus loin de ces lettres un texte plus exact que ce qu'on a publié jusqu'ici. Deux de ces lettres n'ont jamais été publiées en français ; le docteur Duehren en a seulement publié une traduction en allemand ; elles sont donc inédites. La septième, la plus longue, n'a jamais encore été signalée. Je donne donc sept lettres du marquis de Sade, sur lesquelles trois sont inédites.

            A Monsieur,

    Monsieur de Laporte Secrétaire et Souffleur de la Comédie-Française, rue des Francs-Bourgeois, porte Saint-Michel, nº 127.

    La Comédie-Française, monsieur, m'ayant fait espérer qu'elle voudrait bien me dédommager de la très [ici le mot mauvaise raturé] peu méritée et très mauvaise réception que son assemblée fit l'autre jour à la pièce que je soumis à son jugement ; je vous prie, monsieur, de vouloir bien m'inscrire pour une nouvelle lecture, encore deux ou trois semblables à la dernière [ici un, deux ou trois mots raturés que je n'ai pu déchiffrer], et il est parlaitement sûr que je n'importunerai plus, monsieur, ni vous, ni la Comédie-Française.

    J'ai l'honneur d'être bien sincèrement, monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

    De Sade.

    Ce 17 février 1791 (2).

    (1) On lit en marge : « Il est bon d'observer que chacun de ces actes, malgré des intrigues particulières, concourt au plan général et au but du jeune comte. »

 

    Messieurs,

    Permettez que j'aie l'honneur de vous rappeler sans cesse les sentiments d'estime et d'attachement qui, depuis des années, me lient à votre théâtre, j'en ai fait profession dans tous les temps, j'ose dire même (et les preuves existent) que, pour avoir pris avec trop de chaleur votre parti lors de vos derniers troubles, vos ennemis m'ont écrasé dans des papiers publics, sans que jamais rien m'ait découragé : la récompense de mon attachement a été votre refus du dernier ouvrage que je vous ai lu et qui, j'ose le dire, n'était pas fait pour être traité si sévèrement.

    Quelque chagrin que m'ait fait éprouver ce refus formel, rigoureux et général, je ne vous en consacre pas moins à l'avenir et ce qui reste dans mon portefeuille et ce qui le remplira de nouveau. Mais, messieurs, permettez que, traité par vous si rigoureusement dans l'occasion que je viens de citer, j'éprouve au moins et votre indulgence et votre équité sur deux autres objets.

    Vous avez depuis longtemps une pièce à moi, unanimement reçue par vous (3) dès que j'accepte tous les arrangements qu'il vous a plu de faire avec les auteurs, je vous demande avec instance, messieurs, de la faire passer le plus tôt possible, donnez- moi cet encouragement, je vous en supplie ; cela doit vous être facile s'il est vrai, ainsi qu'on le dit, que plusieurs auteurs, ne voulant pas adopter vos arrangements, aient retiré leurs pièces ; moi je souscris à tout, messieurs, et ne vous demande que de ne pas me faire languir.

    L'autre faveur inplorée par moi, messieurs, parce que vous me l'avez promise en dédommagement à la mauvaise réception que vous fîtes à ma dernière comédie, consiste à vous prier de vouloir bien entendre le plus tôt possible la lecture de trois ou quatre ouvrages, tous prêts à vous être présentés et que je voudrais ne pas donner ailleurs.

    Aussitôt que vous aurez bien voulu me faire savoir le jour qu'il vous plaira de m'accorder, j'aurai l'honneur de vous porter pour commencer celui des quatre que je croirai le plus digne de vous être offert.

    J'ai l'honneur d'être, messieurs, avec les sentiments de la plus haute considération, votre très humble et très obéissant serviteur.

De Sade.

        Le 2 mai 1791

    Je soussigné, déclare que c'est faussement et contre ma volonté et mon assentiment que mon nom se trouve sur la liste des auteurs qui ont délibéré qu'il ne devait être accordé que 700 liv. de frais par jour à la Comédie-Française. J'atteste n'avoir mis mon nom que sur la liste de ceux qui ont signé à la minorité que par des considérations particulières il devait être accordé huit cent livres et viens pour certifier cette façon de penser de ma part d'en adresser une lettre publique à messieurs les auteurs, signée de moi, et dont je distribuerai des copies à messieurs les comédiens français, afin qu'ils soient persuadés de ma façon de penser.

De Sade

    A Paris, le lundi 17 septembre 1791.

    (2) Lettre inédite.

    (3) Le Misanthrope par amour ou Sophie et Desfrancs, « comédie en trois actes et en vers libres ».

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L'oeuvre du Marquis de Sade par Guillaume Apollinaire