L'adieu, À la Santé

 

L'adieu

 

J'ai cueilli ce brin de bruyèreL'Adieu. À la Santé.   Guillaume Apollinaire. Alcools – poèmes 1898-1913.Guillaume Apollinaire. Alcools – poèmes 1898-1913. Frans leren, Vivienne Stringa

L'automne est morte souviens-t'en

Nous ne nous verrons plus sur terre

Odeur du temps

Brin de bruyère

Et souviens-toi que je t'attends

 

À la Santé

 

I

Avant d'entrer dans ma cellule

Il a fallu me mettre nu

Et quelle voix sinistre ulule

Guillaume qu'es-tu devenu

Le Lazare entrant dans la tombe

Au lieu d'en sortir comme il fit

Adieu adieu chantante ronde

Ô mes années ô jeunes filles

II

Non je ne me sens plus là

Moi-même

Je suis le quinze de la Onzième

Le soleil filtre à travers

Les vitres L'Adieu. À la Santé.   Guillaume Apollinaire. Alcools – poèmes 1898-1913.Guillaume Apollinaire. Alcools – poèmes 1898-1913. Frans leren, Vivienne Stringa

Ses rayons font sur mes vers

Les pitres

Et dansent sur le papier

J’écoute

Quelqu’un qui frappe du pied

La voûte

III

Dans une fosse comme un ours

Chaque matin je me promène

Tournons tournons tournons toujours

Le ciel est bleu comme une chaîne

Dans une fosse comme un ours

Chaque matin je me promène

Dans la cellule d'à côté

On y fait couler la fontaine

Avec les clefs qu'il fait tinter

Que le geôlier aille et revienne

Dans la cellule d'à côté

On y fait couler la fontaine

IV

Que je m’ennuie entre ces murs tout nus

Et peint de couleurs pâles

Une mouche sur le papier à pas menus

Parcourt mes lignes inégales

Que deviendrai-je ô Dieu qui connais ma douleur

Toi qui me l’as donnée

Prends en pitié mes yeux sans larmes ma pâleur

Le bruit de ma chaise enchainée

Et tour ces pauvres coeurs battant dans la prison

L’Amour qui m’accompagne

Prends en pitié surtout ma débile raison

Et ce désespoir qui la gagne

V

Que lentement passent les heures

Comme passe un enterrement

Tu pleureras l'heure où tu pleures

Qui passera trop vitement

Comme passent toutes les heures

VI

J'écoute les bruits de la ville

Et prisonnier sans horizon

Je ne vois rien qu'un ciel hostile

Et les murs nus de ma prison

Le jour s'en va voici que brûle

Une lampe dans la prison

Nous sommes seuls dans ma cellule

Belle clarté Chère raison

Guillaume Apollinaire (Alcools)

L'Adieu. À la Santé.   Guillaume Apollinaire. Alcools – poèmes 1898-1913.