Melk. lait

 

Le lait c’est bon … ou mauvais ?

 

Voix américaine :

… Et maintenant le lait est en route pour la dernière ligne droite. Dès le lever du jour, une armée silencieuse de laitiers démarre en camions réfrigérés pour livrer leur “santé en bouteille”. Cette patrouille de l’aube quadrille chaque rue, chaque avenue.

Voix commentaire :

Dans certains pays, le lait est une boisson très populaire. Aux Pays-Bas par exemple, les gens boivent deux litres de lait par semaine. Ils pensent que le lait les rend plus forts. En revanche dans d’autres pays comme la Chine, les gens peuvent devenir malades s’ils boivent du lait. Mais il n’en a pas toujours été ainsi. Le professeur Burger a découvert qu’il y a 7500 ans, les Européens d'âge adulte ne pouvaient pas digérer le lait… cela les rendait malades !

Joachim Burger :

Nous avons étudié des populations d'Europe centrale du début du Néolithique, et découvert avec surprise qu'aucune d’entre elles n’était capable de digérer le lait à l'âge adulte.

Voix commentaire :

Les scientifiques ont découvert que les hommes ont très rapidement développé une capacité à digérer le lait à l'âge adulte. Pour mieux comprendre, étudions d’abord le gène de la lactase, qui contrôle la digestion du lait. Le lait contient un sucre appelé lactose. Pendant notre enfance, notre corps produit une enzyme appelée lactase, qui dégrade le lactose et permet ainsi à notre corps de digérer le lait. Avec l'âge, très peu d’entre nous continuent à produire cette enzyme laissant la grande majorité des adultes intolérants au lait. Le professeur Sarah Tishkoff nous explique cela.

Sarah Tishkoff :

Les individus qui expriment cette enzyme à l’âge adulte peuvent décomposer le sucre du lait, appelé lactose, en ses deux constituants, le glucose et le galactose qui, eux, sont alors rapidement acheminés vers la circulation sanguine.

Voix commentaire :

Cependant, chez la plupart des gens, l’activité de la lactase diminue avec l'âge. Par conséquent, le lactose n’est plus dégradé et le lait les rend malades. Mais… qu’est-ce qui détermine la production de lactase chez l’adulte ? Joachim Burger: Il existe un marqueur qui n'est en fait pas dans le gène de la lactase. Il est situé quelques paires de bases en amont, mais il contrôle bien le gène de la lactase… ce marqueur est un T ou un C. Et si c’est un T, alors il est en forte corrélation avec la tolérance au lait à l'âge adulte.

Voix commentaire :

Burger a fait sa découverte en extrayant de l’ADN d’os «anciens» vieux de 7500 ans. Il a déterminé la séquence génétique des os dans un laboratoire spécial: un laboratoire dit « propre » qui évite les contaminations, et qui produit des résultats très précis.

Joachim Burger :

Nous coupons un morceau d’os… nous le réduisons en poudre avec un moulin, … puis nous faisons une simple extraction d’ADN avec du phénol, du chloroforme, et d’autres produits chimiques… Ensuite nous faisons une PCR… nous amplifions le gène qui nous intéresse. Pour finir, nous séquençons l’ADN et nous comparons les résultats à l'ADN d'individus de notre société actuelle, dans le but d'identifier les similarités et les différences.

Voix commentaire :

Burger a comparé l’ADN d'os anciens a celui d’os européens actuels, et il a fait une découverte saisissante sur le gène de la lactase. Alors qu'actuellement la plupart de la population mondiale porte le marqueur C et ne peut pas digérer le lait à l'âge adulte, la majorité des Européens du nord possèdent le marqueur T, qui leur permet de digérer le lait à l'âge adulte. Le plus surprenant, c’est que dans les os anciens d’Europe du nord, la séquence génétique a toujours révélé la présence du marqueur C. Il y a 7 500 ans, les Européens du nord ne pouvaient donc pas digérer le lait à l’âge adulte. Les populations d’Europe du nord ont dû évoluer très rapidement pour devenir tolérants au lait.

Joachim Burger :

En général, nous pensons que les traits complexes tels que la persistance de la production de lactase évoluent lentement, sur quelques dizaines de milliers d’années. Mais là, nous avons affaire à un caractère dont la fréquence d'apparition est passée de presque zéro à presque 100 en 7500 ans. Et ça, c'est vraiment surprenant.

Voix commentaire :

Les scientifiques savent que des changements dans l’ADN, ou mutations, se produisent spontanément. Cela veut dire qu’à n’importe quel instant de notre histoire, quelques personnes ont probablement toujours été capables de digérer le lait. Mais avec la domestication du bétail, un facteur a rendu la mutation plus courante en Europe du nord.

Joachim Burger :

Le scénario le plus probable, c’est que la mutation était déjà présente, et au fur et à mesure que l'agriculture et l'élevage laitier se sont développés au Néolithique, la mutation est devenue une adaptation bénéfique, qui a été positivement sélectionnée. Ces adultes qui étaient capables de digérer le lait avaient une plus grande valeur sélective. Et donc…. ils ont survécu!

Voix commentaire :

Au Néolithique, alors que l’agriculture s'est développée et que la consommation de produits laitiers a augmenté, la lactase est devenue de plus en plus utile aux gens dans la lutte pour leur survie et leur reproduction. La mutation T s’est donc répandue. Le professeur Tishkoff étudie un phénomène similaire en Afrique, où la persistance de la lactase s'est développée uniquement dans les populations agricoles.

Sarah Tishkoff :

Si on regarde l’histoire de la domestication du bétail à partir des données archéologiques … on pense que la domestication est apparue d'abord dans le nord de l’Afrique et au Moyen-Orient, il y a environ 7 000 à 10 000 ans… Mais elle a été introduite au sud du Sahara il y a environ 5 000 ans seulement, comme le confirment nos estimations sur l’Afrique de l’Est. Elle n’a été introduite dans le sud de l’Afrique que très récemment. Dans ces populations qui ont une tradition de domestication du bétail et d'élevage laitier ou d’élevage fermier, les gens sont capables de digérer le lait… On pense donc que cela représente une adaptation génétique dans ces diverses populations qui possèdent du bétail.

Voix commentaire :

Ce n’est donc pas seulement en Europe que les hommes ont développé une tolérance au lait. Ce phénomène s'est aussi produit en Afrique. Les scientifiques ont prouvé que le développement de l’élevage a fait évoluer l’homme plus rapidement que prévu. Et ceci est arrivé en Europe et en Afrique, en moins de 8000 ans! C’est pour cela que les Néerlandais aiment le lait, mais pas les Chinois.

Voix américaine :

Du lait pur et sain. Du lait qui, en associant calcium et vitamines, fortifie l’Amérique en rendant ses citoyens plus résistants.