Paul Verlaine, Quinze jours en Hollande. 27

ce maudit français, moderne, comme de redire pour la dixième, pour la vingtième fois des vers parus il y a longtemps, il y a plus longtemps encore, qu'on ne sent plus comme avant ... Mais mon inédit était un peu, ô très peu ! ... léger. J'étais à cette époque dans des dispositions... artistiques, ainsi. Je me contentai donc, de donner le plus de vers et de prose miens, — de ma voix un peu sourde, mais vibrante, une fois emballée. Succès de poignées de mains, d'un peu de débinage (toujours délicieux, ô faible cœur humain “ de qui et de quoi ! ”) des camarades, de bonne, franche vraiment, jeune et sincère sympathie. — Au sortir de cette vraiment belle séance, je manifestai, en toute véracité, je vous l'assure, une extrême fatigue, et plusieurs de ces messieurs, Tak devant prendre le train pour une banlieue où il habite, et Kloos m'ayant dit au revoir, paraissant, lui aussi, extrêmement las, un peu comme toujours, voulurent bien m'accompagner jusque chez mon hôte qui m'accueillit le Figaro à la main, — il s'y agissait de l'imbécile catastrophe de la rue des Bons-Enfants arrivée la veille, à Paris et que ni moi, ni mes amis nouveaux n'avions eu le temps d'apprendre par les télégrammes des feuilles locales. Un brin de causette, un cigare et un verre de schiedam et le “ bonne nuit ” mutuel m'eurent bientôt conduit jusqu'au seuil de ma chambre où je lus au lit les “ détails ”. Mais je ne tardai pas à souffler la bougie, — et je m'endormis en comprenant de moins en moins l'anarchie “ militante ”.

    Grand jour aujourd'hui ! Programme surchargé. Avant déjeuner, visite au musée principal ... où est la Ronde de nuit, après déjeuner, promenade dans les lieux “ pas sûrs ” et archipittoresques de la ville, dîner, seconde conférence, après, tour parmi les quartiers “ amusants ”.

En prenant le thé avec Israëls. (la vieille femme de ménage travaille joliment bien et nulle part je n'ai, même dans la classique Albion bu meilleur, “ the drink which warms people, but never intoxicates them, Sir ! ” )

    Tak et Toorop m'enlèvent après avoir prévenu des grands projets ci-dessus Israëls qui se tiendra prêt à toute rentrée nocturne.

Un tramway, des canaux, une grande place, un grand monument polychrome à tourelles, le seul sérieux d'Amsterdam ; ce n'est ni beau ni laid, c'est grand incontestablement.

Paul Verlaine, Quinze jours en Hollande, Lettres à un ami.   Johan Thorn Prikker  Brieven  Philippe Zilcken  Souvenirs la Revue Blanche 1896. Frans leren, Vivienne Stringa

Un escalier monumental conduit à une salle immense, la grande nef d'une cathédrale, avec quelque chose de lumineux discrètement comme un autel allumé dans l'ombre, au fond, tout au fond. De littéraux bas côtés à moitié séparés par de somptueux rideaux de peluche (sur des murs de brique très bien adaptée et formant des ligures géométriques ... des plus agréables, mais de brique tout de même. Quelque raison nous pressant nous parcourons en jetant à droite et à gauche des regards, pour ma part, charmés autant qu'étonnés, sur, surtout, entre des paysages de Ruysdael, des animaux de Potter, sur, dis-je, des rangées de beaux portraits et de groupes de portraits noirs en fraises et en collerettes éblouissantes. Un temps d'arrêt toutefois devant les Syndics de Rembrandt, toile magnifique, magique ! les beaux personnages si bien, si logiquement campés. En face on a eu l'idée, baroque ou logique, de

PAUL VERLAINE. QUINZE JOURS EN HOLLANDE